Un logiciel vous remet un total de prises, d’interrupteurs et de luminaires pour chaque feuille du jeu de plans. Il vous le remet avec la même assurance, qu’il ait raison ou tort. Appelons ça le compte confiant : un chiffre propre, sans le doute qui accompagnerait le même chiffre chez un estimateur en chair et en os.
Au Québec, ce chiffre a une conséquence particulière. Une fois la soumission déposée et la fenêtre de retrait fermée, vous ne la reprenez plus. Le compte automatique mérite donc le traitement d’une ébauche : rapide, utile, à vérifier avant de signer.
Le dénombrement automatique est déjà dans les logiciels du métier
Le relevé de quantités (takeoff) est l’étape qui avale les heures. Un guide de fournisseur (Aginera) chiffre un relevé commercial de taille moyenne à deux ou trois jours complets. Quotr affirme le faire passer d’environ 20 heures à une ou deux. La Banque de développement du Canada (BDC) avance que l’IA réduit le temps d’estimation de 20 à 40 %. Ces chiffres sont ceux de fournisseurs ou de rapports, pas de mesures indépendantes.
Les trois logiciels d’estimation en électricité établis de longue date comptent déjà les symboles à votre place, de même que de jeunes entreprises financées :
| Outil | Dénombrement automatique | Prix rapporté |
|---|---|---|
| Accubid Anywhere (Trimble) | LiveCount AI reconnaît prises et interrupteurs et règle l’échelle (annonce de Trimble, 24 décembre 2024) | Environ 3 000 $ par poste par année. D’autres sources donnent de 5 000 $ à plus de 15 000 $ avec la mise en œuvre |
| ConEst IntelliBid | SureCount, vendu séparément, un dénombrement automatique breveté (selon un comparatif d’Aginera) | De 1 500 $ à 2 500 $ par année |
| McCormick | Dénombrement automatique indiqué dans des comparatifs de fournisseurs | Environ 1 500 $ par année |
| Drawer AI | Électricité seulement; plus de 200 entrepreneurs en électricité inscrits, selon son site | 150 $ ou 300 $ par utilisateur par mois; la page de prix du fournisseur n’affiche aucun chiffre |
| Quotr | Relevé automatique; 4 M$ levés le 30 septembre 2026 (annonce de Quotr) | Non publié |
Les prix viennent de sites de comparaison et de forums, pas des fournisseurs, et ils ne précisent pas la devise. Trimble écrit en novembre 2025 que son outil détecte les prises, les interrupteurs et les systèmes d’alarme incendie, avec en moyenne 95 % des échelles réglées automatiquement. C’est l’affirmation du fabricant. Drawer AI aurait levé 5 M$ et Togal 22,65 M$, selon les rapports du secteur. Le champ est occupé, et par des acteurs financés.
Les outils québécois, tels qu’ils se décrivent
Le Québec compte 3 992 entreprises titulaires d’une licence en électricité au 31 juillet 2025, selon la Corporation des maîtres électriciens du Québec (CMEQ), et l’adhésion y est obligatoire. Quatre outils locaux se partagent une partie de ce monde :
| Outil | Ce qu’il fait, selon sa propre page | Prix publié |
|---|---|---|
| Estim.ai (Montréal) | Relevé automatique, électricité d’abord. Il « détecte entre 80 et 95 % de vos composants », avec export CSV ou API. Il donne des quantités, pas de prix | Aucun prix public |
| SubmitX | Lit les plans PDF et les devis; intègre les taux des conventions collectives de 2026 | Gratuit, 99 $ ou 299 $ par mois |
| Estimation.ca (e-Plans) | Relevé à l’écran et estimation, « depuis plus de 30 ans » | 39 $, 99 $ ou 299 $ par mois |
| Gestion CMEQ | Le logiciel de la CMEQ, branché aux listes de prix de fournisseurs majeurs. Il ne lit pas les plans : il importe un relevé fait dans e-Plans | Aucun prix vu |
Estim.ai a choisi de ne pas chiffrer. Un article de La Presse du 29 septembre 2025 cite l’entreprise : « On ne veut pas donner des prix ». La responsabilité du prix reste chez l’estimateur, et c’est voulu.
Ce que les modèles d’IA généraux savent lire
Un modèle généraliste, sans entraînement propre à l’électricité, peut aujourd’hui produire un premier dénombrement à partir d’une feuille. Les mesures publiées racontent deux histoires.
En janvier 2026, AECV-Bench trouve que les modèles lisent le texte et répondent aux questions sur des documents de construction avec des scores allant jusqu’à 0,95. Le comptage de symboles, lui, reste « non résolu » : de 0,40 à 0,55 pour compter portes et fenêtres.
En septembre 2026, la firme-conseil COXIT publie CaseV-Bench : 119 pages tirées de neuf jeux de plans publics, 1 430 objets marqués à la main, de cinq types (armoires, comptoirs, plans d’étage, élévations intérieures, repères). Le meilleur modèle atteint 92 % de F1 (une mesure qui combine objets trouvés et fausses alarmes), à 0,22 $ la page et 39 secondes. Selon les projets, son score va de 73 % à 100 %. Le coût médian du modèle le moins cher testé est de 0,04 $ la page. Pour un jeu de 100 pages lu page par page, le rapport compte environ 22 $ et une heure. Lire deux fois un jeu de 30 feuilles, soit 60 lectures, coûte de 2 $ à 13 $ à ces tarifs (calcul fait à partir de ces prix).
Trois limites s’imposent. Le test est mené par une firme-conseil, sans révision par des pairs. Ses objets sont de grands éléments d’architecture, pas de petits symboles électriques. Et trois recherches n’ont trouvé aucune mesure publique du comptage de symboles électriques sur de vrais plans de bâtiment, ni du suivi de circuits. Le même rapport conclut, en substance, que le modèle ne remplace toujours pas la personne.
Entre janvier et septembre, on passe d’un comptage jugé non résolu à 92 % pour un modèle sur de gros objets. Les deux mesures portent sur des objets différents, mais la direction est claire : ce que vous testez aujourd’hui sera dépassé. Une raison de plus de tester sur vos plans plutôt que de croire une moyenne.
Où ça se trompe
Les chiffres de précision des fournisseurs sont les leurs, non audités. Quotr publie 95 à 99 % sur des PDF vectoriels propres et de 80 à 88 % sur des numérisations de basse résolution. Estim.ai annonce de 80 à 95 %. Chez Quotr seul, l’écart entre un PDF propre et une numérisation va de 7 à 19 points, et votre jeu de plans tombe quelque part dedans.
Des praticiens décrivent sur des forums les mêmes zones fragiles : numérisations de mauvaise qualité, lignes qui croisent un symbole, feuilles denses. Un estimateur résume sur Reddit l’essai d’un outil par « environ 50 % bon, 20 % manqué et 30 % faux avec aplomb ». Cette anecdote est invérifiable : prenez-la pour une histoire, elle ne vaut pas une mesure. Elle montre quand même la forme du risque. L’erreur la plus coûteuse arrive avec le même visage qu’un bon résultat.
Drawer AI écrit sur son propre site que l’IA ne pourra pas automatiser entièrement l’estimation en électricité dans un avenir prévisible. Un fournisseur spécialisé le dit lui-même.
Une soumission déposée ne se reprend pas
Le Bureau des soumissions déposées du Québec (BSDQ) encadre les soumissions de 20 000 $ et plus dans une spécialité couverte : dépôt exclusivement électronique, garantie de soumission de 10 % dès 100 000 $. Le retrait est possible jusqu’à huit heures ouvrables avant la clôture. Après, « la soumission demeure irrévocable ». Se retirer coûte « 1 % du montant de la soumission avant taxes, jusqu’à un maximum de 5 000 $ », et le soumissionnaire qui se retire ne peut pas obtenir le contrat. Une décision de la Cour du Québec de 1997 a confirmé cette somme comme clause pénale.
Les chiffres de marge rendent l’enjeu concret. Les entrepreneurs en électricité affichent une marge nette moyenne d’environ 6 % (données fiscales américaines de 2022, rapportées par un fournisseur de logiciels). À prix fixe, un relevé qui oublie 5 % du coût du chantier avale la majeure partie de cette marge. Un relevé trop haut, lui, fait perdre le contrat au prix. Dans les deux cas, personne ne vous rappelle le chiffre une fois déposé.
Le travail sur plans touche surtout le commercial et l’institutionnel. Selon Soumissions Québec, le résidentiel se soumissionne à partir de tarifs forfaitaires par type de travaux, ce qui laisse peu de relevé à automatiser.
Six questions avant de croire un compte
1. Mesuré sur quoi, et par qui? Une précision annoncée vient d’un jeu de plans que vous n’avez pas vu. Demandez le jeu d’essai, sa taille et le type de symboles. Aucune mesure publique ne couvre les symboles électriques : tout chiffre est celui du fournisseur.
2. Quel taux par type d’appareil, pas en moyenne? Un 92 % moyen cachait des projets de 73 % à 100 %. Pour une soumission, ce qui compte, c’est le taux sur les prises, sur les luminaires d’urgence, sur les panneaux, séparément. Une moyenne peut masquer une catégorie entière manquée.
3. Et sur mes plans à moi? Vos plans sont-ils des PDF vectoriels ou des numérisations? Les feuilles sont-elles denses? Chez Quotr, selon son propre test, on passe de 95 à 99 % d’un côté à 80 à 88 % de l’autre.
4. Que fait l’outil quand il hésite? Un bon outil signale ses doutes : un symbole illisible, une légende absente, deux lectures qui divergent. Un mauvais produit un chiffre net. Demandez à voir ce qu’il fait d’une feuille qu’il lit mal.
5. Qui répond de l’erreur, par contrat? Les conditions d’utilisation de trois logiciels de relevé, consultées pour cet article, placent la vérification sur l’utilisateur et déclinent toute garantie d’exactitude. Cinq services américains d’estimation plafonnent leur responsabilité au montant payé et rendent le client responsable de la vérification des quantités. Lisez les vôtres. Si une clause plafonne la responsabilité, sa validité en droit québécois n’a pas été vérifiée ici : c’est une question pour un avocat ou un courtier.
6. Combien de temps prend la vérification? Si vérifier un compte prend autant de temps que le faire, l’outil ne rapporte rien. Mesurez-le.
L’essai qui ne coûte presque rien
Passez quelques soumissions passées, dont vous avez le relevé, dans l’outil. Comparez par type d’appareil, avec votre propre compte comme référence. Notez où il diverge, combien de temps la vérification a pris, et ce que ça coûterait par soumission. Un fournisseur qui refuse cet essai répond du même coup à la question 1.
Un dénombrement automatique qui passe cet essai garde le même rôle : il propose, votre estimateur dispose. Le chiffre qui part au BSDQ est celui que quelqu’un a vérifié.
Si vous voulez en discuter pour votre entreprise, la consultation est gratuite.
FAQ
Est-ce que l’IA peut compter les prises et les interrupteurs sur un plan électrique?
Oui, en brouillon. Trimble, ConEst et des entreprises comme Quotr et Drawer AI vendent déjà un dénombrement automatique. Les modèles généraux progressent vite : un test publié en septembre 2026 donne 92 % de F1 à son meilleur modèle, mais sur de grands objets d’architecture, pas sur des symboles électriques. Aucune mesure publique ne couvre ces derniers.
Quelle précision faut-il attendre d’un dénombrement automatique?
Les fournisseurs annoncent de 95 à 99 % sur un PDF vectoriel propre (Quotr) et de 80 à 95 % de composants détectés (Estim.ai). Quotr donne lui-même de 80 à 88 % sur des numérisations de basse résolution. Ces chiffres sont ceux des fournisseurs, non audités. Seul un essai sur vos propres plans donne le vôtre.
Peut-on retirer une soumission déposée au BSDQ si le relevé était faux?
Jusqu’à huit heures ouvrables avant la clôture, par le système électronique. Ensuite, la soumission demeure irrévocable. Le retrait coûte 1 % du montant avant taxes, jusqu’à 5 000 $, et le soumissionnaire qui se retire ne peut pas obtenir le contrat.
Qui est responsable d’une erreur de comptage faite par un logiciel?
Selon les conditions d’utilisation consultées, vous. Trois logiciels de relevé placent la vérification sur l’utilisateur et déclinent toute garantie d’exactitude. Cinq services américains d’estimation plafonnent leur responsabilité au montant payé. La validité d’une telle clause en droit québécois n’a pas été vérifiée ici : un avocat ou un courtier peut trancher.